Bernie Sanders, un politicien québécois

J’aimerais bien qu’un jour le sénateur du Vermont, Bernie Sanders, le candidat aux primaires démocrates, soit candidat aux prochaines élections québécoises. Mais je sais, je rêve.

La proximité de l’ancien maire de Burlington avec les Québécois m’a toujours étonné – et je ne parle pas que de proximité géographique. Le modèle de société et les valeurs qu’il met de l’avant dans la présente campagne sont très proches du modèle et des valeurs québécoises.

Pensons à l’économie, mais également au rapport entre l’État et ses concitoyens et concitoyennes. Et il ne s’agit pas d’une conversion récente, le politicien défend sa vision sociale depuis des décennies. Dans un pays où la classe moyenne est en déclin et où les citoyens se désintéressent de plus en plus de la politique, Bernie Sanders dénonce avec conviction les inégalités et propose des changements fondamentaux dans le rôle même de l’État. Et ça prend une bonne dose de courage dans un pays où le mot progressiste est synonyme d’extrémiste.

Il est contre l’oléoduc Keystone XL, une position semblable à celle qui fait consensus chez les Québécois et les Québécoises. Il prône une réduction de la consommation de pétrole et une prise de conscience collective de la responsabilité environnementale. Le parallèle est facile à faire.

Et le sénateur du Vermont exige une réforme du financement des partis politiques. Il en a même fait l’enjeu central de sa campagne. Il s’oppose à la décision «Citizens United» rendue par la Cour suprême des États-Unis qui permet aux entreprises de participer financièrement aux campagnes politiques de manière quasi illimitée.

Bernie Sanders est proche des mouvements ouvriers et défend, au pays de l’oncle Sam, les luttes syndicales. Il croit que chaque travailleur et travailleuse devrait «avoir son mot à dire sur son avenir économique».

Il veut combattre les changements climatiques pour sauver la planète. Il reconnait l’existence et les effets du phénomène du réchauffement climatique, ce qui semble évident ici, mais ne fait pas l’unanimité chez nos voisins du Sud.

Le candidat aux primaires démocrates défend les millions d’Américains qui travaillent pour des salaires insuffisants. Il propose de hausser le salaire minimum à 15$/h. Et il trouve déraisonnable que les femmes gagnent moins que les hommes à travail égal. Il prône l’équité salariale.

Il soutient la communauté LGBT et réclame l’égalité pour toutes et tous. Il exige la couverture universelle en matière de santé et la réduction des frais pour les médicaments d’ordonnance. Il se dit pacifiste et exige que les riches et les grandes corporations paient leurs justes parts d’impôt.

Cher Bernie, j’ai un message pour toi, et comme le dit le poète, je tutoie les gens que j’aime:

«Tu ne parles peut-être pas notre langue, mais tu t ‘inspires de ce qu’on aime et tu présentes une vision qui nous ressemble. Un certain René a dit un jour «Est Québécois qui veut l’être».

Allez! Avoue-le, tu es Québécois. Je te souhaite tout le succès du monde à la présidentielle, mais si jamais ça marche pas à ton goût viens-t-en ici. On a peut-être une job pour toi».

Le dernier Franco-Américain ?

Bonjour. Mon nom est Rémi Francœur et je suis québécois. J’habite Montréal depuis quelques semaines.

Je suis né et j’ai grandi à Manchester NH, à peine à quatre heures au Sud de Montréal, dans un quartier francophone. Mes amis et ma famille y parlaient français et je n’ai commencé à parler l’anglais qu’à l’âge de cinq ans.

Les gens de ma ville appelaient ce quartier «Le P’tit-Canada». Mais moi, j’étais quelque chose de grand. Un peuple fondateur, d’une culture qui dépasse les frontières et sillonne l’Amérique toute entière. Je ne me suis jamais senti p’tit-canadien. Mon cœur a toujours battu la mesure des sets carrés, des tartes aux sucres, des pâtés chinois, des poutines et des tourtières de chez nous.

Pour mes parents l’expression «canadien-français» nous désignait nous tous, ceux qui parlions français en Amérique, sans considération des frontières géographiques. Les autres, c’était les anglais.

Évidemment, mon père et ma mère, comme tous les francophones qui m’entouraient avaient presque tous quitté le Québec à l’époque où le nom était obligatoirement accolé au qualificatif bien humble de province, bien avant sa Révolution Tranquille. Bien avant la montée du nationalisme. Bien avant son émancipation. Passionné de tout ce qui se passait au pays de mes aïeux, j’avais compris tout ce que comportait désormais le sens du mot canadien et j’ai grandi, conscient de mon devoir de mémoire.

Aujourd’hui je parle français avec un accent d’une autre époque, celui de mes grands-parents. Une langue isolée de la France, isolée du Québec, diluée dans l’américanité et et qui ne me permet plus que de parler avec les vieux et les vieilles. Pour les plus jeunes, comme moi, le français et nos racines, sont devenu un symbole de pauvreté qui nous ancre dans l’isolement. Sans fierté, un peuple s’asphyxie.

Je ne suis pas d’une culture bilingue. Je suis francophone, nord-américain de descendance canadienne française, et désormais, je serai québécois.